La loi anti-briseurs de grèves (et autres lois similaires)

Ce dessin illustrait un débat ayant eu lieu en France en 2010 sur le report de 65 à 67 ans de l’âge d’admissibilité aux pleines prestations du régime public de retraites

Les lois du marché génèrent souvent des revenus relativement élevés pour les employeurs et des revenus relativement moins élevés pour les employés. Certaines lois du travail, telles que les lois anti-briseurs de grèves, aident des travailleurs à obtenir de plus grandes parts des bénéfices qu’ils contribuent à générer avec leur travail. Plusieurs personnes en concluent que ces lois du travail sont de bonnes façons de redistribuer la richesse plus également et plus équitablement. Ces lois ne seraient-elles pas plutôt des obstacles à une égalisation encore plus équitable de la richesse?

Lorsque les employés sont soumis aux lois du marché, leur pouvoir de négociation est limité par la possibilité qu’en cas d’exigences relativement trop élevées de leur part, ils puissent être remplacés par des travailleurs qui représenteraient alors de meilleurs rapports bénéfices/coûts aux yeux de leurs employeurs. Les lois du marché tendent donc à faire en sorte que des travailleurs équivalents reçoivent des rémunérations relativement similaires quels que soient les niveaux de bénéfices réalisés par leurs employeurs respectifs. Les lois du travail protégeant les employés en postes contre cette possibilité d’être remplacés par d’autres travailleurs moins exigeants augmentent le pouvoir de négociation de ces employés en postes. Ces lois ont ainsi naturellement tendance à favoriser les employés en proportion des bénéfices de leurs employeurs respectifs. Par exemple, ces lois pro-syndicales auront tendance à procurer des avantages plus important à un machiniste à l’emploi d’une entreprise très rentable qu’à un machiniste à l’emploi d’une petite entreprise relativement peu rentable, même si ces deux machinistes sont aussi bons l’un que l’autre. Autrement dit, ces lois du travail engendrent des transferts inégaux à des travailleurs considérés équivalents selon les lois du marché. De tels transferts ne sont-il pas inéquitables?

Certains rétorqueront que les employés méritent une juste part des bénéfices qu’ils contribuent à générer avec leur travail. Pour eux, il est normal et équitable que les employés d’entreprises rentables obtiennent des rémunérations plus élevées que les employés d’entreprises moins rentables. Une telle position ne m’apparaît pas défendable. Les employés sont souvent non personnellement responsables des niveaux de bénéfices inférieurs ou supérieurs que leur travail contribue à générer pour leurs employeurs (1). Lorsque les employés sont réellement responsables de la création de bénéfices inférieurs ou supérieurs pour leurs employeurs, les lois du marché n’ont-elles pas tendance à le reconnaître en ajustant en conséquence les conditions de travail de ces employés? Comment expliquer autrement qu’en vertu des seules lois du marché, le joueur vedette d’une équipe de hockey professionnel gagnerait davantage que l’employé responsable du transport des équipements des joueurs de l’équipe? Comment justifier alors qu’on adopte des lois conçues de manière à favoriser les travailleurs en proportion des bénéfices réalisés par leurs employeurs respectifs?

Tant qu’à adopter des lois visant une répartition plus égale de la richesse, ne serait-il pas préférable d’en adopter (ou de renforcer celles) qui traitent également les citoyens aux profils socio-économiques équivalents? Ne devrait-on pas, par exemple, privilégier davantage les transferts de nature fiscale et abolir les lois du travail engendrant des transferts inéquitables? Les richesses transférées de manière injuste ne sont-elles pas en bonne partie des richesses en moins pouvant être transférées plus équitablement? (2) 

Notes

(1) Pour illustrer cette idée que les employés sont souvent non personnellement responsables des niveaux de bénéfices inférieurs ou supérieurs que leur travail contribue à générer pour leurs employeurs : Supposons qu’une entreprise dispose de deux machines pour produire les biens qu’elle vend. Une des machine est moderne, simple à opérer et très productive, alors que l’autre machine est plus ancienne, plus complexe à opérer et moins productive. Cette entreprise n’a que deux employés, A et B, qui se sont avérés également productifs avec la machine moderne. Par contre, l’employé A est plus efficace que l’employé B dans l’opération de la machine plus ancienne. Pour une raison quelconque, on ne peut pas affecter, à tour de rôle, les deux employés à la nouvelle machine : Un des employés doit être affecté à l’ancienne machine. Normalement, l’employeur affecterait son meilleur employé (l’employé A) à sa machine moins productive, puisque c’est l’arrangement qui maximiserait la production totale de l’entreprise. À cause de la productivité supérieure de la machine à laquelle il serait affecté, l’employé B génèrerait quand même plus de bénéfices que l’employé A affecté à la vielle machine. L’équité exigerait-elle que l’employé B soit davantage rémunéré que l’employé A pourtant jugé globalement plus productif ? Ne serait-il pas inéquitable de rémunérer davantage l’employé B sur la seule base des bénéfices supérieurs générés par son travail avec la machine moderne? Pourquoi en serait-il autrement si ces deux travailleurs et les deux machines de production se retrouvaient chez deux employeurs différents ?…

(2) Le comble de ce phénomène survient lorsque nos gouvernements se sentent obligés de subventionner des entreprises pour les inciter à demeurer ici et à continuer d’investir ici, après les avoir soumis à des lois pro-syndicales les ayant forcé à concéder des conditions de travail relativement généreuses à leurs employés.  Ces lois du travail engendrent ainsi non plus seulement un manque à gagner pour l’État (soit des impôts en moins pouvant être prélevés auprès de ces entreprises), mais l’obligation de piger dans les ressources de l’État pour compenser ces entreprises pour les conditions de travail relativement généreuses que l’État les a forcé à octroyer à leurs employés avec ses lois du travail pro-syndicales. Ces compensations octroyées à ces entreprises ne sont-elles pas autant de ressources en moins pouvant être redistribuées plus équitablement? Dans de telles circonstances, n’est-il pas ironique que, pour justifier de telles subventions, on invoque souvent l’importance de maintenir ici des entreprises qui versent des rémunération relativement élevées à leurs employés!…  Beau cercle vicieux, vous ne trouvez pas?.

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