L’imposition d’un salaire minimum légal, sous prétexte de contrer ainsi la pauvreté

Beaucoup de gens proposent d’augmenter le salaire minimum (ou d’imposer un salaire minimum où il n’y en a pas encore) comme moyen de lutter contre la pauvreté. Une telle mesure ne serait-elle pas un obstacle à des mesures luttant plus efficacement contre la pauvreté?

Le salaire minimum profite aux travailleurs qui voient ainsi leur salaire augmenter. Sauf que l’aide se trouve alors à être proportionnelle aux nombres d’heures travaillées par ces travailleurs. L’aide a donc tendance à être proportionnelle aux revenus de ces travailleurs … et elle est nulle pour les personnes n’ayant pas trouvé d’emploi et étant donc sans revenus de travail. Une mesure anti-pauvreté qui aide davantage des personnes aux revenus relativement plus élevés (parce qu’elles ont la chance de travailler plus) que des personnes aux revenus relativement moins élevés (parce qu’elles n’ont pas la chance de travailler autant) peut-elle vraiment être considérée comme étant une bonne mesure anti-pauvreté?

Une majorité de travailleurs gagnant le salaire minimum vivent dans des ménages qui ne sont pas pauvres. C’est le cas, par exemple, de nombreux jeunes vivant encore chez leurs parents. Une mesure anti-pauvreté qui aide principalement des personnes qui ne sont pas pauvres peut-elle vraiment être considérée comme étant une bonne mesure anti-pauvreté?

Le salaire minimum augmente les charges salariales des employeurs ayant des employés au salaire minimum. Cela peut amener certains employeurs à devenir pauvres eux-mêmes. Une mesure anti-pauvreté qui pousse certains citoyens vers la pauvreté peut-elle vraiment être considérée comme étant une bonne mesure anti-pauvreté?

Si on vise réellement à combattre la pauvreté, ne serait-il pas préférable d’effectuer des transferts qui aident davantage les personnes plus démunies que des personnes relativement moins démunies? Les ressources pouvant être redistribuées étant limitées, ne devrait-on pas éviter de les gaspiller à effectuer des transferts mal ciblés qui bénéficient davantage à des personnes qui ne sont pas pauvres ou qui sont relativement moins pauvres qu’aux personnes qui sont les plus pauvres?

Si on tient à ce que les bénéficiaires des transferts travaillent en échange de l’aide qu’on leur accorde (ce que la promotion du salaire minimum donne comme impression), ne devrait-on pas favoriser un régime officiel de workfare (1) qui garantit du travail aux personnes démunies? Ne serait-ce pas plus équitable que de favoriser le régime de workfare camouflé que constitue l’imposition d’un salaire minimum? (2)

Notes

 (1)  Workfare est un mot anglais provenant de la contraction des mots work (travail) et welfare (aide sociale). On l’utilise souvent dans des textes écrits en français, car, sauf erreur, il n’a pas d’équivalent en français pour exprimer en un seul mot l’idée de régime de prestations d’aide sociales octroyées en échange de travail de la part des bénéficiaires.

(2) Lorsque des politiques gouvernementales font en sorte qu’un travailleur gagne un salaire plus élevé que ce qu’il gagnerait en vertu des seules lois du marché, ne peut-on pas interpréter que la partie de son salaire qui dépasse celle qui lui serait octroyée en vertu des lois du marché représente une forme d’aide sociale qui lui est octroyée en échange de son travail (ou du workfare)?  Ne peut-on pas interpréter que beaucoup de travailleurs au salaire minimum reçoivent donc ainsi des prestations d’aide sociale camouflées dans leurs salaires? Ne peut-0n pas en dire autant de beaucoup de travailleurs syndiqués dont les salaires sont augmentés au delà de leur valeur au marché, grâce à l’appui de lois pro-syndicales comme la loi anti-briseurs de grèves?

Advertisements