Les HLM (logements subventionnés)

Beaucoup de gens revendiquent davantage de logements sociaux (possédés et subventionnés par l’État) en prétendant défendre ainsi les intérêts des moins bien nantis. Les intérêts des moins bien nantis ne seraient-ils pas mieux défendus en revendiquant plutôt des transferts équivalents, mais directs et en argent, à leur intention?

Les loyers des habitations à loyers modiques (HLM) possédés par l’État sont fixés à 25% des faibles revenus de leurs occupants. Il en découle que les loyers exigés pour les HLM sont généralement bien moins élevés que les loyers que l’État pourrait obtenir pour ces logements en louant ceux-ci à leurs valeurs sur le marché. Par exemple, un HLM qui pourrait se louer 600 $ par mois sur le marché peut être loué pour aussi peu que 200 $ à ses occupants. On pourrait donc interpréter qu’en louant à 200 $ un tel logement à de tels occupants, l’État octroi à ceux-ci un transfert implicite d’une valeur de 400 $ par mois (Soit le montant dont l’État se prive en ne louant pas ce logement à sa valeur marchande). Ne serait-il pas préférable que l’État fixe le loyer d’un tel logement à sa valeur marchande (c’est à dire à 600 $ par mois, si on conserve le même exemple) et qu’il augmente dans des proportions correspondantes les transferts en espèces octroyés aux ménages admissibles à de tels logements?  Mais, diront certains : Si on augmente les prestations versées aux ménages admissibles à louer des HLM, mais qu’on augmente des mêmes montants les loyers de ces HLM; En quoi est-ce que ces ménages en seraient favorisés? Eh bien, voilà:

Supposons que le gouvernement augmentait du même montant (par exemple, de 400 $ par mois) les loyers des HLM (qui perdraient cette appellation de HLM, puisqu’ils ne seraient alors plus à loyers modiques) auxquels des ménages seraient admissibles, et les prestations en argent versées à ces ménages. Ces derniers seraient donc en aussi bonnes positions financières pour louer ces logements de l’État qu’ils l’auraient été avant le changement de politique. Certains de ces ménages pourraient cependant très bien décider de ne plus louer un logement de l’État afin de se payer autre chose avec les prestations additionnelles qui leur seraient remises en argent. Par exemple, ils pourraient décider de louer, sur le marché privé, des logements correspondant davantage à leurs désirs que ne le feraient les logements de l’État. Entre autre, ces ménages pourraient décider de louer des logements un peu plus chers, quitte à couper dans leurs autres dépenses. Inversement, ils pourraient décider de louer des logements moins chers pour consacrer à l’achat d’autres biens et services une partie des prestations additionnelles qui leur seraient remises en argent. Or, si des ménages faisaient effectivement d’autres choix que de louer des logements de l’État, c’est manifestement parce qu’ils estimeraient que ces choix différents leur apporteraient plus de satisfaction. Autrement dit, à coût égal pour l’État, verser des prestations directements en argent aux bénéficiaires apporte à ceux-ci au moins autant de satisfaction, et potentiellement plus de satisfaction, que de leur verser des subventions indirectes sous forme de logements à loyers subventionnés; D’où l’avantage relatif des versements directs en argent.

Certains rétorqueront peut-être que les personnes moins bien nanties ne feraient pas les meilleurs choix pour elles-mêmes si on leur octroyait davantage de transferts directs en argent plutôt que sous la forme indirecte de logements à loyers subventionnés. C’est peut-être le cas pour certaines des personnes moins bien nanties; Mais est-il raisonnable d’établir des politiques d’aide aux personnes moins bien nanties en faisant comme si celles-ci étaient toutes, ou majoritairement, incapables de déterminer ce qui est bon pour elles ? Les politiques d’aide aux personnes moins bien nanties ne devrait-elles pas plutôt être conçues en présumant que ces personnes sont généralement capables de faire des choix légitimes pour elles-mêmes; Quitte à soumettre à des politiques spéciales les personnes dont on constateraient qu’elles en sont incapables ?